"On regarde un Miyazaki ce soir?"


 Vent: 12 km/h


Comme un rituel familial. La plupart du temps quelqu'un répond "oh non pas encore" et puis parfois, comme ce soir, on se dit "pourquoi pas?" 

On a beau avoir vu ces images en superfluité, on s'installe une énième fois devant le petit écran pour y découvrir je ne sais par quelle magie les détails passés dans les mailles du filet.
Et l'on se laisse, comme des enfants, surprendre par les turbines célestes ou autres locomotives chimériques.

Plus tard, la bobine finira par s'éteindre et nos pupilles capitonnées de poésie s'endormiront.
Elle s'installera au piano et lui à sa flute, encore bercés par les notes teintées de prairies sauvages.

"Tu sais qu'à Metz il faut un vieu bonnet de bain?"

 Vent: 6 km/h

 
Retrouver les pierres d'un édifice. Légos démantelés d'une forteresse qu'on avait pris le temps de rendre solide, belle et sincère. Peut-être prenons-nous trop à cœur notre rôle d'architecte sentimental qu'on finit par construire des remparts pour ne rien laisser s'enfouir et qu'on se retrouve enfermé, piégé dans notre propre cité.
Ouvrier déchu, on fait alors face aux vestiges d'un bonheur qui fut, d'un temps que l'on regrette. 
On recherche les souvenirs, on essaye de les re-scotcher pour qu'ils tiennent debout. 
Mais essayer de rafistoler c'est comme construire des châteaux de cartes, c'est trop instable.

Et puis un jour au milieu des ruines, la nature se fraye un chemin.
Mille coléoptères translucides, prêts à se disperser dans le vent pour bâtir autre chose, autre part.


"J'ai vendu une peinture assez moche à 10€"

Vent: 13 km/h

























Salut Strasbourg, pourriez-vous m'accorder un peu de nostalgie en barre? Je suis un peu stressée ce soir, j'ai besoin de ma dose de souvenirs.
Je sais que je ne devrais pas mais bon, ça reste entre nous n'est-ce pas? De toute façon ils sont en vous et moi, et personne ne saura, je ferais taire ma conscience en fleurs fanées.

"Je vous dis merde à la puissance 13!"

Vent:14 km/h

 

Cap sur le futur, ou la destruction de nostalgie. 
Soit, un grand feu, le large en point de mire.

Rompre un cycle, ébranler ses chroniques et foutre la trouille à ses convictions. 
"J'ai perdu le sentiment de l'étendue. Je suis aveugle à l'étendue. Mais j'en ai comme soif. Et il me semble toucher ici une commune mesure de toutes les aspirations de tous les hommes."

Le plus dur s'est de ne pas se la jouer comme Orphée, ne surtout pas regarder en arrière.

"Je vide mon cerveau et je vois un avion, juste un avion, c'est tout"

Vent: 16 km/h



Ce soir, le vent me frustre. Il passe furtivement, me souffle un "je t'expliquerais" qui donne envie de savoir immédiatement ou de crever sur place. Comme lorsque l'on vous dit avec mépris "plus tard quand tu seras grand" alors que vous voulez tout vivre, tout découvrir dans l'instant avec vos yeux de petit bonhomme.

Je pense à mes passages dans différentes villes cet été, Mirepoix, Venise, Toulon, Saint Malo, Strasbourg. Aux tracés que laissent les avions dans le ciel. J'aime toutes les villes que je traverse, leur éther et leurs turbulences, mais Strasbourg reste ma favorite. Sibylline et viscérale.